23 avr. 2010

Potosi: Germinal, de l'autre côté de l'océan


Potosi, ville construite à flanc de montagne, à 4000m d'altitude. Pas de chauffage dans notre hostal, tout comme chez les locaux probablement. Des trésors d'architecture coloniale datant de la grande époque de Potosi la riche, dont une quantitée étonnante de batiments religieux. Peut-être une sorte de rachat spirituel pour compenser le massacre, cautionné par l'église, d'un nombre incalculable d'esclaves dans les mines. Le Cerro Rico, fabuleuse montagne d'argent surplombant la ville, exploité depuis l'époque coloniale, fit la fortune de l'Espagne et de l'Europe. Maintenant, il ne reste plus qu'une colline au gisement quasi épuisé et tellement percée qu'elle risque de s'effondrer à tout moment.
Pour être politiquement correct, les conquistadors désignait par le mot mita, le travail forcé dans les mines, c'est-à-dire l'esclavage dans des conditions épouvantables. Aujourd'hui, les mineurs, toujours en quête du filon miraculeux, s'exploitent eux-même avec des outils rudimentaires pour un rendement minable. Ils s'usent à travailler comme des bêtes de somme, courbés dans des boyaux irrespirables, sans manger ni voir le soleil; et dépassent rarement les 50 ans.
Et ce merveilleux spectacle est devenu l'attraction touristique principale de Potosi... Si si. On hésite évidemment (n'est-ce pas du voyeurisme sordide ?), pour finalement choisir le remord au regret... mais on n'en sortira pas indemne. 
Avant d'entrer dans la mine, on nous fait signer une décharge de responsabilité (des galeries s'écroulent périodiquement) et on nous  déguise en mineur (bottes, casque, lampe - au moins, ca doit les faire marrer). En échange des photos, on apporte des "cadeaux" en guise de pourboire: batons de dynamite vendu légalement au marché, alcool à 96° et feuilles de coca (pour un déjeuner sain et revigorant), etc. Rien de tel qu'un peu de spéléo à plus de 4000m ! 
Au fur et à mesure qu'on s'enfonce, à la seule lueur de nos lampes, le labyrinthe de galeries rétrécit, à tel point qu'on doit parfois ramper. Altitude, poussière, gaz, chaleur: on respire difficilement même à travers un foulard. Finalement, au bout de 2 heures, on est soulagé d'en ressortir vivant, mais sous le choc. Il ne nous reste plus qu'à témoigner: oui des humains vivent dans des conditions intolérables qui paraissent d'un autre siècle; avant de reprendre nos vies de gens nés du bon côté de l'équateur...
Le soir, on assiste à un spectacle beaucoup plus divertissant: le concert de 3 des plus grands groupes de musiques andines: los Kjarkas (inventeurs de la lambada, attention scoop), K'ala Marca et Bonanza. Ils jouent de toute sorte d'instruments andins et sont accompagnés de danseurs paraissant sortir d'un western. La foule est en délire. Nos voisines connaissent les paroles par coeur et lancent des hurlements stridents au moindre déhanchement du chanteur en poncho traditionnel.

En bonus, un petit extrait du Procès des étoiles, de Florence Trystram (Récit de la prestigieuse expédition de savants français en Amérique du Sud au 18ème siècle). Un des savants se rend aux mines de Potosi:
"Son imagination l'avaient préparé à un monde inhumain de cruautés, de maladies, d'accidents, à un enfer de travail servile, de rythme forcené, d'activité insoutenable. Il attendait l'agitation, le bruit, les cris, le mouvement incessant d'une fourmilière sans repos. Mais il ne savait pas cette armée d'ombres, ces cadavres avançant en un lent ballet d'aller et retour, ces dos courbés vers le sol, ces yeux qui ne regardent plus le ciel, ces démarches hésitantes, ces gestes interminables; il ne savait pas ces pieds qui trébuchent, ces corps qui s'écroulent lentement, et se relèvent une fois, une autre encore; il ne savait pas ces trous noirs avalant leur chapelet ininterrompu de fantômes haletants, et recrachant des simulacres d'hommes; il ne savait pas ces yeux qui ne supportent plus la lumière, ces corps qui ne se portent plus qu'à peine, ce souffle rauque qui déchire les poitrines; il ne  savait pas ce peuple d'hallucinés, mâchonnant leur drogue pour cesser de sentir et pour se croire ailleurs; il ne savait pas que l'on peut à ce point avoir perdu le goût de vivre."




Pour la première fois de notre voyage, on prend le train ! Et faut voir quel train: un seul wagon-locomotive, ressemblant à un petit bus auquel on aurait changer les roues et crachant une fumée noire dont tout les passagers profitent. Et faut voir les rails: pas toujours visibles (ca doit expliquer le volant !), longeant des à-pics vertigineux dans des panoramas grandioses. 
Direction Sucre. Joyau de l'architecture baroque tout en blanc. Ayant bien profité de la richesse de Potosi, grâce à son climat délicieusement doux. Et capitale constitutionnelle de la Bolivie !
Evo Morales vit pourtant à La Paz. D'ailleurs parlons-en d'Evo: figure emblématique de la Bolivie, premier indigène dans le trombinoscope des presidents (tous blancs et pas vraiment representatif de la population qu'on a croisé sur l'Altiplano), adulé par les campesinos à qui il apporte l'electricité (les villages les plus reculés du Sud Lipez sont maintenant dotés de panneaux solaires) et la téléphonie mobile (le gouvernement a racheté l'entreprise Entel qui prévoit une couverture totale du pays) ... et qui est capable de sortir des énormités du genre que les poulets transgéniques rendent chauve et pédé, y a qu'à voir ce qui se passent en occident: "le poulet que nous mangeons est chargé d’hormones féminines, c’est pourquoi les hommes quand ils mangent ce poulet ont des déviations au sein de leur être en tant qu’hommes", "en Europe, où presque tous sont chauves c'est à cause de ce qu'ils mangent" et tout ça dans le même discours.

Les mini indigènes en jupes multicolores empilées, le chapeau melon vissé sur une paire de tresses noires attachées dans le dos, n'aiment pas trop être photographier. Mais elles sont si exotiques et on est tellement fourbe: notre appareil photo a un écran amovible qui permet d'être discret... 



3 commentaires:

Fran6co a dit…

Beau, drôle et émouvant !
J'espère que vous penserez sérieusement à sortir un vrai livre de votre périple, je suis sûr que des éditeurs pourraient être intéressés : "Lentisimo Chronopio en Amérique du Sud"
A très bientôt en chair et en os !
Fran6

jeje a dit…

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Unknown a dit…

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