16 avr. 2010

Bienvenu sur la planète Bolivie

Ça y est, nous voilà en Bolivie, pays de lilliputiens, de lamas et de gastros ! Fini les routes asphaltées et les confortables bus argentins, place aux tacots sans âge et sans amortisseur sur des mauvaises pistes...  Arrivé à Tupiza, on s'offre, pour une poignée de bolivianos, un hôtel avec piscine. Notre pouvoir d'achat a nettement augmenté. On aime déjà la Bolivie.

On se rend rapidement à l'évidence que pour visiter le Sud Lipez et le Salar d'Uyuni, difficile d'échapper aux agences touristiques: absence de cartes fiables, de signalisations, de civilisations... Notre rencontre avec Marika et Yannick, étudiants grenoblois avec les même envies, fini de nous convaincre: on s'organise un tour sur mesure d'une semaine avec jeep, chauffeur et cuisinière - le luxe, quoi ! et le tout pour un prix dérisoire évidemment. Le point fort de l'excursion étant l'ascension de 2 volcans à 6000 m d'altitude: le 1er pour se mettre en condition et le 2ème pour pouvoir vraiment se dire qu'on est monté si haut. Mélange de curiosité, de défi et d'angoisse: est-ce qu'on va arriver à suivre les jeunes montagnards?!

On ne le sait pas encore, mais on est sur le point de décoller pour un autre univers, une planète aux paysages altiplaniques fascinants de beauté surréaliste et  étrangeté minérale, parmi les sites les plus spectaculaires qu'il nous ait été donné de voir.
Un enchaînement de lagunes multicolores peuplées de flamants roses insensibles au froid intense, d'étendues dénudées, de cimes pelées, de déserts de sable et de sel, de roches sculptées par l'érosion, de geysers fumants et bouillonnants. Un régal de couleurs chaleureuses, autour de 4000m d'altitude sous un soleil de plomb.
Dans cette immensité déserte, pousse une rare végétation composée de touffes d'herbes hirsutes et de mousse dure comme du bois, que broutent des troupeaux de lamas poilus et de vigognes (ses cousines plus élégantes). On croise parfois une baraque perdue ou une minuscule bergère affublée d'un chapeau melon et chargée d'un énorme fardeau, à des bornes d'un hameau.
Erwin, notre guide-chauffeur, et Marta, notre cuisinière, parlent peu et presque en murmurant, comme pour s'excuser d'être là. La communication avec eux n'est vraiment pas facile; on n'est un peu vexé qu'ils ne soient pas curieux de nous connaître, alors qu'on va vivre 24h/24 ensemble pendant 7 jours. 
Le périple est roots et loin d'être reposant. Au programme, lever aux aurores pour de longues journées de jeep secoués sur des pistes cahoteuses et poussiéreuses, et dodo dans des logements plus que basiques (pas de chauffage et pas toujours d'eau). Les nuits sont glaciales et on est bien content de s'être trimballer par monts et par vaux nos sacs de couchage -15°...
Pour l'ascension de notre premier volcan, l'Uturuncu, on se fait déposer en 4x4 sur son flanc à 5500m d'altitude. A cause du manque d'oxygène, on parcourra les 500m de dénivelé restant jusqu'au sommet en 3 heures ! Soit une moyenne d'un pas par seconde... Les jambes ne demandent qu'à accélérer, mais le cœur ne suit pas. Les symptômes de l'altitude n'épargnent personne: essoufflement, léger mal de crâne. Notre guide, Victor, un lilliputien du coin qui a l'habitude de gérer les gringos (si grands et si faibles), se balade tranquillement de l'un à l'autre en nous recommandant des pauses régulières. Une vue imprenable nous attend en haut.

On en a bavé pour grimper l'Uturuncu, mais c'était rien en comparaison de ce qui nous attend au Licancabur... 
On s'installe au pied du volcan, près de la frontière chilienne, pour un petit dodo jusqu'à 2h du mat. Suivi d'un petit-déj copieux et indigeste (les tortas fritas vont faire des ravages dans nos petits estomacs occidentaux), arrosé de maté de coca et de pupussa, herbes sensées nous aider à braver l'altitude. Et c'est parti, en landrover d'abord jusqu'à 4500m d'altitude. Reste 1500m de dénivelé... Cette marche se fait de nuit afin d'éviter les vents terribles qui se lèvent dans la journée. Mais, pas de bol, le vent décide de se lever avec la lune. Et au début, on lutte plus contre les températures sibériennes que contre l'altitude, sous un beau ciel étoilé comme maigre réconfort. La montée (7 heures !) est vraiment interminable. Heureusement, ca valait le coup de souffrir un peu: le lever de soleil est époustouflant et, au sommet du cratère, la vue dégagée est à couper le souffle qu'on a déjà court. On ne traîne pas en haut. Bertrand s'est choppé une forte migraine. Et comme le sorroche s'attaque manifestement au point faible de chacun, Christel a l'estomac dans les chaussettes. Sans oublier qu'il nous reste 3 bonnes heures de descente dans un gigantesque pierrier. En fin de compte, on l'a fait et on n'est pas peu fiers ! Après l'effort, le réconfort: un bain bien mérité dans une source chaude.
Nous finissons cette odyssée par le clou du spectacle: le Salar d'Uyuni. Avant même d'entrer sur ce désert de sel, d'incroyables mirages émergent au loin, transformant les pieds des montagnes en lacs flous. Que du sel à perte de vue; une mer d'un blanc immaculé, parsemée ça et là d'ilots, sous un ciel d'un bleu éclatant et rayée par des pistes de véhicules traversant tel des navires. Un décor à la Mad Max. Arrêt obligé en plein cœur du salar à l'Isla Incahuasi, une île couverte de cactus géants et d'une autruche, mascotte probablement aveugle avec la terrible réflexion ambiante. On se retrouve bientôt au milieu d'une nuée de touristes, à faire des photos rigolotes en perspective et sans trucage. Dernier regard sur le salar depuis le mirador du volcan Tunupa au lever de soleil brumeux, avant de rejoindre la ville d'Uyuni qui ressemble un peu à une déchetterie publique. Retour sur terre. On aura parcouru au total pas loin de 1500 km entre ciel et terre.

Les PHOTOS du Sud Lipez et du Salar d'Uyuni.

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